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Il y a dans les prisons françaises des personnes qui ont commis des crimes horribles. A ces crimes correspondent des peines, définies par la loi française et prononcées par des juges. Ce n’est pas par plaisir que la société punit, ce n’est pas par vengeance ; c’est par raison, et uniquement par raison. Si le crime restait impuni, nous ne pourrions pas vivre ensemble.
Vivre en société, c’est vivre selon des lois. C’est aussi accepter un risque, celui de l’autre. Chacun de nous est potentiellement dangereux. Aucune politique ne peut prévenir tous les crimes, pas même en détruisant les libertés fondamentales. La société du risque zéro n’existe pas et ne peut pas exister.
Il y a des criminels que leur santé mentale rend irresponsables de leurs actes. Ils sont dangereux pour autrui et pour eux-mêmes, mais leur place n’est pas en prison. La loi française prévoit qu’ils soient surveillés et soignés.
Quant aux autres, la prison doit les punir, mais aussi leur permettre de se réinsérer. C’est par des dispositifs de réinsertion que la société se protège le plus efficacement contre la récidive. Faire croire que c’est en punissant toujours plus sévèrement les crimes qu’ils seront évités est un mensonge. Un mensonge bien accueilli par l’opinion publique et qui permet de passer sous silence les vrais problèmes que pose la réinsertion.
Le projet de loi sur la « rétention de sûreté » remet en cause ces principes fondamentaux de la justice.
Il prévoit en effet de retenir dans des centres fermés les auteurs de crimes sur mineurs qui, ayant été condamnés à 15 ans de réclusion ou plus, seront considérés comme encore dangereux à leur sortie de prison avec un risque persistant de récidive. Cette dangerosité serait définie par une commission de magistrats sur la base d’une évaluation psychiatrique.
1) Pour la première fois depuis la Révolution française – si l’on excepte la période de l’Occupation –, des individus seront enfermés non pour des crimes commis mais pour des crimes qu’ils auraient peut-être pu commettre. C’est leur personnalité que l’on prétend juger, non des faits.
2) Personne, pas plus un psychiatre qu’un magistrat, n’est capable de déterminer la « dangerosité » à venir d’un individu. La psychiatrie n’est pas une science exacte et ne peut pas prédire l’avenir.
3) Si la dangerosité du criminel est le fruit d’une maladie mentale, c’est à l’hôpital psychiatrique de le prendre en charge. Il n’a rien à faire en prison.
4) Cette loi est une nouvelle manifestation d’une volonté politique de stigmatiser des « hommes dangereux », dont la définition floue et irrationnelle n’est pas le moins préoccupant. Chaque fois qu’une société considère un groupe d’individus comme ne relevant pas de la même humanité que celle de tous ses membres, c’est la société toute entière qui est en danger.
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