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Leur dignité e(s)t la nôtre

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Contributions - Droits de l'Homme
Écrit par Cyril Mourin   
Samedi, 20 Mai 2006 01:00

euthanasieQuelques mois après l'adoption de la loi pudiquement appelée "loi relative aux droits des malades et à la fin de vie", quel regard peut-on porter sur la question de l'euthanasie aujourd'hui? L'hypocrisie de notre droit et de notre système de santé a t'elle cessé?

Comme est long le chemin de la Dignité ! Chaque jour passe, et chaque jour des êtres humains continuent de mourir dans des souffrances tellement intenses que les forcer à survivre en devient indécent. A ce stade, l'euthanasie est une délivrance.

Ainsi le geste de Marie Humbert était-il l'expression d'un courage qui honore l'être humain. Mais les solutions proposées par l'UMP procèdent elles d'une faiblesse qui n'honore pas la politique…

Le gouvernement d'alors, M. Douste-Blazy en tête, avait pourtant annoncé, pression médiatique oblige, vouloir affronter le sujet à bras le corps. Oubliés les rejets de toute proposition allant vers la reconnaissance d'un droit à l'euthanasie, telle celle de Roger-Gérard Schwartzenberg (député PRG), la droite ouvrait les yeux! Le débat s'annonçait dans des termes nouveaux. En vérité celui-ci était déjà tronqué. Fruit d'un prétendu compromis parfait et difficilement acquis, la loi se voyait refusée tout amendement et remise en question parlementaire. Quel manque d'audace, quel manque de courage devant les drames présents à nos mémoires.

Certes la loi présente néanmoins quelques avancées. Ainsi "lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, [les traitements médicaux] peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris". C'est là un droit accordé au patient et à sa famille, en accord avec le corps médical, de mettre un terme à des souffrances qui peuvent ôter tout sens à une fin de vie. Il s'agit d'une euthanasie par omission ou passive. Elle vise à améliorer substantiellement l'accompagnement des malades en fin de vie et l'exercice du si noble et difficile métier de médecin et de personnel soignant.

Cette possibilité doit être complémentaire d'un système de soins palliatifs performant qui reste, dans la majorité des situations, une solution appréciable et humaine. Malheureusement, si la loi comporte un volet "activité palliative des services" hospitaliers, sur le terrain les financements se font attendre. Comme souvent derrière les promesses des gouvernements UMP successifs, il n'y a ni les fonds promis ni volontarisme politique.

En outre les difficultés posées par une situation telle que l'a connue Vincent Humbert ne sont en aucun cas résolues. Tétraplégique, muet et aveugle à l'age de 20 ans, il ne pouvait plus communiquer avec sa mère que par la pression de son pouce. Durant trois longues années, il a continuellement affirmé à sa mère le souhait de quitter sa prison de chaire sans qu'aucune institution, aucune personne, ne soit habilitée à le faire malgré la compassion du corps médical.

En effet la loi ne prend pas en compte les situations où l'interruption des traitements ne suffit pas à délivrer le mourrant, où la personne souhaite qu'on l'aide de manière active à mourir. Ainsi Vincent Humbert, quand bien même sa vie était insupportable, et ne pouvant lui-même mettre fin à ces jours, se voyait condamné à souffrir en silence jusqu'à ce que la vieillesse l'emporte. Comment pouvoir dés lors assimiler la compassion qui entoure l'acte d'aider cet être à quitter cette "vie", avec la haine et la violence d'un véritable assassin? C'est pourtant ce que fait le code pénal.

Les Radicaux de Gauche, dans la continuité de l'action menée par Henry Caillavet, président d'honneur de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, ne pourront se résoudre à cesser leur combat pour qu'un réel droit à l'euthanasie existe. L'euthanasie par action et non la seule euthanasie par omission doivent être dépénalisées. Devant les peurs qui peuvent être exprimées quant à de possibles dérives, rappelons qu'un encadrement strict autour du corps médical, de la famille, et qu'une loi claire et comprise par tous, assureraient l'exercice sage d'un droit dont la seule vocation est de permettre à quelques individus de mourir dans la dignité.

Il est plus que temps, au nom du respect de la vie, au nom du respect de la dignité, qu'il soit enfin fait preuve d'humanité! Nous y veillerons.



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