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Contributions - Egalité, Discriminations

Discours Radical au UE du Club Africagora

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Contributions - Egalité - Discriminations
Jeudi, 21 Septembre 2006 01:00

AfricagoraJe tiens tout d’abord à remercier le club Africogora et les organisateurs de cette journée, d’avoir invité les Radicaux de Gauche à venir s’exprimer et échanger sur un sujet qu’ils placent au cœur de leurs priorités pour les échéances électorales à venir, mais aussi au cœur plus généralement de leurs convictions politiques.

En effet les questions posées aujourd’hui, comment encourager les participations des minorités aux élections et leur représentation en politique notamment dans les quartiers populaires, appellent de notre part des réponses issues de notre attachement profond à une république laïque, solidaire, juste mais plus encore fraternelle.

Même si ce n’est peut être pas là le cœur de la problématique posée, la participation politique, la matérialisation d’une citoyenneté, la représentation politique ne peuvent s’effectuer sans une nécessaire intégration sociale et économique afin que chacun disposent des conditions de sa réussite et de son épanouissement. La fracture sociale reste la caractéristique de la France. La principale réponse offerte par le gouvernement, dans la loi sur l’égalité des chances aux jeunes en difficulté, est de leur proposer de sortir de l’école dès 14 ans pour tester l’apprentissage ; attitude scellant une faillite politique insupportable pour les victimes, c’est à dire les futurs citoyennes et citoyens de ce pays !

Pour les Radicaux de Gauche la question de la représentation des minorités et de leur participation à l’espace publique ne peut se suffire de politiques dites de « discrimination positives ». En effet elles n’incarnent pas une véritable et pérenne solution à la lutte contre les préjugés, au renforcement de la justice sociale, mais créent un nouveau type de discrimination : à la haine, à l’incompréhension, au rejet, on substitue la pitié, la condescendance, la fatalité même. Bien souvent elles sont une réponse à un phénomène circonscrit et médiatisé, il s’agit de politiques de réaction et non d’action. Nous ne nions pas qu’elles puissent être, dans certains cas, une solution transitoire. Comment ne pas se réjouir par exemple de l’initiative de Mr Richard Descoings à Science Po Paris dans la mesure où elle traduit un souci réel de participer à une plus grande mixité et équité sociale ? Mais l’audience médiatique de ces mesures traduit en vérité le vide qui les entoure. Les Radicaux de Gauche ont pour priorité de lutter à l’origine mêmes des obstacles à la participation pleine et entière à la vie politique de tous nos concitoyens. Nous ne pourrons soutenir une quelconque politique de quotas ethniques au parlement, dans les organes exécutifs des collectivités, ni au sein des instances de direction de notre formation politique.

La représentation des minorités ne peut être artificielle pour être vectrice d’une meilleure cohésion sociale et d’une plus grande mixité sociale. Ce n’est donc pas à l’entrée des grandes écoles mais en amont que nos propositions se concentrent. Ainsi réfléchissons aux évolutions à apporter à la carte scolaire. Sans remettre en cause son existence, il convient de la moderniser et d’être plus transparent dans son application. Pourquoi ne pas imaginer mettre en place une politique de « busing », comme aux Etats-Unis. Il s’agit de donner la possibilité aux enfants des quartiers de sortir de leurs environnements pour suivre leur scolarité dans d’autres quartiers et favoriser ainsi la mixité sociale dans les écoles. Une autre modalité de renforcement de la mixité sociale existe dans le projet d’établissement d’un service civil obligatoire où se côtoieraient tous les jeunes français au service de missions d’intérêt général et individuel.

La participation à la vie publique des minorités, c’est aussi pour nous la nécessité de susciter ce désir essentiel d’agir pour le vivre ensemble. Or force est de constater que le sentiment d’intégration est fortement compromis aujourd’hui par des politiques publiques qui stigmatisent et l’immigration et les minorités discriminées, en leur attribuant les pires maux de notre sociétés. Cela rend d’ailleurs d’autant plus louable le courage de ces responsables d’associations, nombreux ici, de ces engagés en politique qui refusent ces préjugés, ces injustices et œuvrent à une plus grande mixité sociale, une plus grande participation à la vie publique, une meilleure connaissance de l’autre. Ils incarnent un pilier de la cohésion sociale au sein de certains quartiers et cités. La baisse des crédits leur étant destinée, annulée à la suite des émeutes de novembre 2005, fut en ce sens une erreur que nous n’aurions pas commise.

Mettons en place les conditions d’une confiance mutuelle qui accorde à ces minorités, françaises rappelons le, mais aussi aux immigrés, le respect du à chaque français ! Il est urgent pour cela aujourd’hui d’actualiser les missions de l’école qui se sont alourdies sans qu’une vraie réflexion ait été menée sur son rôle et ce que la société attend d’elle. L’égalité des chances, une exigence républicaine est devenue une illusion sans consistance. L’engagement des Radicaux de Gauche repose sur des exigences fortes : la laïcité, la lutte contre les handicaps socioculturels, la mixité, l’égalité des chances, et une culture commune par la transmission des savoirs fondamentaux. Redonnons à l’éducation civique tout le poids qu’elle mérite en accentuant la formation à la citoyenneté sur le fond, en la revalorisant sur la forme par sa prise en compte pour l’obtention du brevet ou du baccalauréat.

Mais penser ainsi l’école n’est pas suffisant, elle ne doit pas, sous couvert de crée un sentiment d’appartenance, écraser les identités et dévaloriser l’épanouissement personnel. Au contraire elle doit permettre une connaissance élargie des différentes cultures qui vivent et s’émancipent au sein de notre société. Un grand nombre de jeunes Français ont un ascendant issu d’une ancienne colonie française. Ce devrait donc être un devoir pour la France de s’interroger sur son passé colonial, et d’interroger avec les jeunes ce passé ” qui passe mal “. Quatre années après l’adoption de la loi ” Taubira “, l’article 2 : ” Les manuels scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la plus longue et la plus massive déportation de l’histoire de l’humanité la place conséquente qu’elle mérite (…) ” n’est toujours pas appliqué. Cela conduit à la marginalisation d’une fraction de nos enfants de couleur ou d’origine étrangère en niant la dette historique que la France a contractée vis-à-vis d’eux, sans parler des DOM-TOM qui sont légitimement révoltés. Il faudrait, au contraire, redonner confiance à ces élèves en rendant leur dignité à leurs ancêtres pour leur donner les moyens de partager l’idéal républicain avec leurs différences et leur fierté. C’est pourquoi nous saisirons le Conseil National des programmes si les choses restent en l’état. Créons également un enseignement scientifique du fait religieux. Essayons enfin de tous nos connaitre pour nous respecter. C’est le sens même de l’humanisme républicain.

Les conditions du vivre ensemble réunies, il faudra également que nous donnions un signe fort en accordant le droit de vote aux immigrés non communautaires aux élections locales. C’est là un combat que les Radicaux mènent depuis longtemps, la dernière initiative parlementaire du PRG ayant été la proposition de loi en ce sens de Roger-Gérard Schwartzenberg en 2001. Nous soutenons par exemple l’action du collectif « Votation Citoyenne » qui milite pour l’adoption de cette réforme du droit électoral. Donner la possibilité aux parents de ces jeunes français de voter est en effet une démarche extrêmement importante dans cette optique d’encourager l’engagement politique. On ne peut accepter l’existence de citoyens de seconde zone car la citoyenneté n’est pas nécessairement corollaire à une appartenance à la Nation . Vivifier l’idée de citoyenneté passe aussi par ce type d’élargissement de la base démocratique c’est pour cela que nous soulignons ardemment l’action de ce collectif.

Le positionnement des Radicaux de Gauche quand à la volonté d’instaurer une 6ème République traduit également cette volonté de redonner aux institutions leurs assises populaires, choses qu’elle a aujourd’hui perdues. La faible représentation politique des français issus de l’immigration extra-européenne en est l’exemple le plus saisissant : il n’y a en définitive qu’avec un travail en amont amorcé dés le scolaire ajouté à un réajustement général de l’idée de citoyenneté qu’une réelle évolution se fera.

Nous avons bien compris à travers les brillantes interventions de ce matin, que la présence des partis politiques était pour vous l’occasion de les questionner sur leurs stratégies respectives pour assurer une plus juste représentation des minorités en leur sein. Pourtant nos propositions traitent de la question plus large de la diversité dans l’espace publique, et de la volonté de susciter un désir d’agir, d’assurer une plus grande égalité des chances dans l’accès à des fonctions électives. Les Radicaux de Gauche ne vous annonceront pas quelques mesures démagogiques à même de satisfaire quelques velléités identitaires. Non, nous refuserons toute posture communautariste. Les Radicaux ne peuvent être tenu responsables d’une représentation qui ne serait pas une représentation miroir de notre société car, Christiane Taubira a pu le montrer, nous accordons toute leur place aux personnes issues des minorités. Ne croyez pas que nous aurions la faiblesse de les traiter avec une plus grande condescendance, que nous leur ferions des « faveurs ». C’est cela aussi le refus des discriminations.

Les Radicaux de Gauche ne mettrons donc pas en place par exemple des quotas en leur sein mais ferons preuve, je vous le garantie d’un volontarisme politique fort afin d’incarner le corps social dans son ensemble.

J’aimerai en conclusion vous fait part de mon sentiment sur la campagne de Christiane Taubira en 2002. N’avez-vous pas ressenti à quel point cette candidature à été présentée comme communautaire ? Ceci à la fois par les médias, mais aussi par les responsables d’associations de défense des intérêts des minorités. A tel point que certains ici on peut être voté pour elle sans avoir véritablement une proximité avec ses idées économiques ou sociétales. Il y a quelques minutes encore c’est parce qu’il est noir que vous reprochiez au Conseiller Régional UMP d’Ile de France Mr N’Joh d’être militant au sein de la formation politique de Mr Sarkozy et de soutenir ainsi la politique menée à Cachan. C’est là chers amis qu’il faut agir également. C’est en citoyen responsable que nous devons juger nos gouvernants, en êtres humains tout simplement que nous pouvons condamner certaines mesures du ministre de l’intérieur. Nous appartenons à UN corps social et nos représentants ont vocation à tous nous représenter. Nous sommes aux services des français, de tous les français. Les Radicaux veulent sortir des réflexes identitaires, et ce n’est pas pour rien si le PRG est le seul parti représenté ce matin, mais aussi s’il envoie pour cela des personnes non issues d’une minorité, si ce n’est dans cette salle aujourd’hui…La chose publique est l’affaire de tous les citoyens.

Alors lorsque en 2007, nous vous inviterons à voter, car j’espère sa candidature, pour Christiane, ce ne sera pas pour sa couleur de peau mais parce que nous voudrons vous convaincre de donner corps aux idées Radicales au service d’une république solidaire, laïque, humaniste et surtout, une fois encore, fraternelle.

Nous vous remercions de votre attention.

Cyril MOURIN, Trésorier JRG Membre du BN PRG

Charles SALMON, Secrétaire JRG Membre du BN PRG



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